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LA TERRIBLE NOUVELLE
Lettres d’explications de la mort d’un fils au front
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Plus d’un millier de foyers de Malakoff reçurent la terrible nouvelle, l’annonce d’un décès souvent par des camarades de combats, puis l’avis officiel de l’armée. Commençait alors pour la famille marquée par l’épreuve de l’absence du corps entraînant un deuil inachevé, la quête d’informations pour connaître les circonstances de la mort du soldat, s’il avait souffert et où se trouvait son cadavre. Des officiers ont du répondre à la demande de ces familles.

Le courrier d’un mari, d’un fils, d’un frère...mobilisé et parti au front était pour les familles un signe de vie, le passage du facteur un moment crucial de la journée marqué par l’anxiété permanente d’être concernées par la mort d’un être cher sur les champs de bataille. Plus de mille familles de Malakoff furent concernées par la mort au combats d’un proche.

Connaissant les angoisses des familles, leurs attentes légitimes, les lettres des officiers tentaient d’atténuer leurs souffrances morales et psychologiques en leur adressant un éloge du défunt affirmant souvent qu’il n’avait pas souffert, où se trouvait son corps s’il avait été retrouvé, et surtout qu’il était mort en héros.

Ces lettres sont toujours conservées par les familles et entretiennent la mémoire familiale. Voici deux exemples de ces lettres qui furent publiées en novembre 1915 dans l’hebdomadaire Vanves-Malakoff. Elles concernent le Maréchal des Logis Gabriel Mouny, 29 ans, né à Clamart, fils du chef de bureau de l’Etat Civil à la Mairie de Malakoff, tué le 14 mai 1915 à Cambrin dans le Pas-de-Calais, puis celle concernant le Maréchal des Logis Eugène-Marie Laroche, 21 ans, né à Malakoff, fils d’un maraîcher de l’avenue Gambetta à Malakoff, tué à Villers-Chatel dans le Pas-de-Calais.

"Vous pouvez être fier de votre fils"

« Monsieur. Pendant la guerre que nous faisons, chacun doit s’attendre à recevoir de pénibles nouvelles de ceux qui sont sur le front. Je remplis aujourd’hui le plus triste des devoirs qui incombent à un commandant d’unité. Votre fils Gabriel Mouny, a trouvé une mort glorieuse le jeudi 13 mai à huit heures du soir, tué à son poste d’observation dans la tranchée de première ligne à 30 mètres de l’ennemi, par l’éboulement produit par l’explosion d’une mine. Aussitôt prévenu, je me suis porté avec mes hommes au lieu de l’explosion, mais nous n’avons pu trouver que son cadavre. Et nous l’avons enterré le surlendemain, aussi bien que l’ont permis les circonstances, à deux heures de l’après-midi. Il repose au cimetière de Cambrin (Pas-de-Calais) dans un cercueil d’orme.

Sa tombe, ornée de deux couronnes et d’une bordure en buis est marquée d’une croix portant son nom et la date de sa mort. Un prêtre lui a rendu les devoirs religieux.

J’ai appris que vous désirez connaître les détails des circonstances dans lesquelles votre fils a été tué. C’est bien simple. Il était dans l’abri, où se trouvait le poste téléphonique, quand l’explosion de la mine a détruit l’abri, en même temps qu’elle ramenait sur lui une masse énorme de terre. Je ne vous cache pas, Monsieur, que cette mort m’a fait beaucoup de peine. Mouny, vous le savez peut-être par ses lettres, était pour moi non seulement un auxiliaire précieux et dévoué, mais un excellent ami. Son courage, son entrain, son autorité sur ses hommes, sa bonne humeur, son habileté d’artilleur, me permettaient de pouvoir compter sur lui pour tout ce qui concernait le service, et pendant le repos de trouver un bon camarade. Ses qualités avaient été d’ailleurs remarquées par tous les officiers que nous voyons dans les tranchées et souvent ils me félicitaient d’avoir un si bon sous-officier.

Le colonel commandant la brigade, lui-même, l’avait distingué et à plusieurs reprises, m’avait fait des compliments sur lui, si bien qu’en apprenant la triste nouvelle, il m’a spontanément proposé de le citer à l’ordre de la brigade d’infanterie, ce dont j’ai été très heureux.

Puisse la juste fierté que vous procure cet honneur si mérité rendu à sa mémoire, atténuer un peu votre douleur. Le pauvre ami n’aura pas eu le bonheur de voir la France débarrassée de l’Allemand. Il est tué au moment où nous commençons à frapper le grand coup, mais grâce à lui, en grande partie, je crois que depuis quatre mois, ma section a fait à l’ennemi à peu près autant de mal qu’elle peut en faire. Vous pouvez, Monsieur, être fier de votre fils.

Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de ma très grande sympathie et de mes plus vives condoléances ».

Commandant d’unité H. Dabadie

"Il a fait tout son devoir, en brave Français"

« Monsieur. J’ai le pénible devoir de vous faire part du décès de votre pauvre fils, mort des suites d’une blessure reçue glorieusement le 10 mai. Il avait été chargé de la pose avec ses hommes, des nouvelles lignes téléphoniques à établir après notre avance du 9 ; sans souci du danger, en brave qu’il était, il paya lui-même de sa personne et étant à découvert, il a reçu un éclat d’obus dans le ventre.

On le fit transporter immédiatement par ambulance automobile à l’ambulance de Villers-Chatel et malgré tous les soins qui lui furent donnés, il est mort le 13 mai, à une heure du matin. Il a été enterré au cimetière de Villers-Chatel ; sur sa tombe on a mis une croix et ses camarades ont placé une couronne.

C’est pour nous tous une perte cruelle, il était aimé de tous ses hommes et de ses camarades et toute la batterie très peinée prend une large part à votre douleur. J’ai demandé pour lui à notre colonel une citation à l’ordre, j’espère qu’elle me sera accordée (NDR, obtenue le 2 juin).

Que dans l’immense chagrin que vous fait éprouver la perté d’un fils bien aimé, il vous reste la consolation de savoir qu’il a fait tout son devoir, en brave Français qu’il était.

Veuillez agréer, Monsieur, avec mes sentiments douloureux, l’assurance de ma considération distinguée ».

Capitaine Lefèvre


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